Dossier médical partagé (DMP) : Agnès Buzyn confirme son arrivée dès octobre

Dossier médical partagé (DMP) : Agnès Buzyn confirme son arrivée dès octobre

1905 463 Alice Renucci

La crise liée au Levothyrox suscite des réactions auprès du ministère de la Santé. Il assure une information « plus accessible, claire et réactive » quant aux médicaments. Alors que la création de carnets de santé numériques soulève de nombreux débats depuis plus de dix ans, Agnès Buzyn annonce sa généralisation sur l’ensemble du territoire, « les annonces seront faites en octobre ».

Le ministère de la santé réagit face aux crises sanitaires

Le gouvernement encourage « les remontées d’informations de patients et de professionnels de santé ». Ainsi, il instaure une « stratégie de promotion de la déclaration des événements indésirables et le développement des technologies permettant de repérer des signaux faibles d’alerte en dehors du système de pharmacovigilance ».
La communication d’urgence en cas d’alerte sur un médicalement est alors déléguée à l’Agence nationale de la sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). La confiance accordée à cet organisme en étonne plus d’un. Cette même agence « qui est passée à côté de la crise du Levothyrox », dénonce le Libération. Le site sante.fr devient une « source unique d’information publique sur le médicament », selon les désirs de la ministre.

Pallier les problèmes « d’information et de communication »

En effet, un certain nombre de crises médicamenteuses a sévi ces dernières années (vaccination H1N1, Mediator, Dépakine, Levothyrox, pilules de troisième génération, etc.). Ces perturbations sanitaires se rejoignent en un point. Elles se trouvent toutes concernées par des problématiques d’information et de communication. Des lanceurs d’alerte ont déclenchée chaque crise. Chacune a fait l’objet de débats au sein des experts et certains restent encore en suspens.
Les autorités sanitaires ont été la cible de nombreuses critiques, notamment quant au temps qu’elles ont mis à réagir et « leur volonté plus ou moins active de soustraire des informations utiles à la connaissance des parties prenantes », selon Agnès Buzyn. 

L’ANSM : cible de toutes les critiques

Ainsi, le projet en cours relève « sept erreurs » commises par l’ANSM. Tout d’abord, on note l’absence d’anticipation et d’accompagnement quant à la décision de changement de formule du Levothyrox. Aussi, le manque de réaction face à de nombreux signaux porte préjudice à l’agence. De plus, la légitimité scientifique du changement de formule ne se présente pas comme un argument suffisant pour excuser cette crise. La mission actuelle critique « la forme du message qui a prêté à confusion ». Elle dénonce également « le moment mal choisi » pour l’annoncer. Pour contrer cette période de détresse, l’ANSM aurait employé une « communication de crise artisanale et insuffisamment coordonnée » associée à une « minimisation du ressenti des patients et de la légitimité de leurs signalements ».
Le ministère conclut que « les crises récentes impliquant des médicaments […] témoignent d’une situation instable où l’on déplore des manquements à la transparence et à l’activité que chacun est en droit d’attendre des autorités de police sanitaire sur des sujets de santé ».

Le dossier médical partagé : « favoriser la prévention, la coordination, la qualité et la continuité des soins »

C’est pourquoi le dossier médical partagé (DMP) va être généralisé à partir d’octobre. Ce carnet de santé numérique, gratuit et sécurisé pourrait sauver des vies. Ainsi, le ministère de la santé désire « favoriser la prévention, la coordination, la qualité et la continuité des soins ». Les différents professionnels qui suivent un patient pourront consulter l’ensemble des données en quelques clics.
Ce nouveau carnet de santé ultra-moderne contiendra de nombreuses informations sur le patient, numéro de téléphone et personne à prévenir en cas d’urgence. Sept grandes rubriques organiseront le DMP : allergies, antécédents, groupe sanguin, pathologies, traitement en cours mais aussi des documents plus volumineux comme des radios ou des analyses, ainsi que les souhaits du patient vis-à-vis du don d’organes.

Comment créer son DMP ?

Toutefois pour ceux qui s’opposent à cette nouvelle pratique, pas de panique, rien ne les oblige. La création du DMP repose sur  le consentement éclairé du patient. Pour ceux qui y sont favorables, il suffira de créer leur nouveau carnet de santé en ligne. La procédure se passe sur le site www.mon-dmp.fr muni de sa carte vitale, de son identifiant et de son mot de passe envoyé au préalable par l’assurance maladie. Autre possibilité, le DMP pourra aussi se faire auprès de la CPAM ou de pharmacies. Les pharmaciens recevront un euro par dossier créé. L’essor du carnet modernisé repose donc principalement sur la volonté des patients.

Qui se chargera d’alimenter les carnets de santé numériques ?

Ainsi, chacun pourra remplir son carnet, du moins partiellement. Les médecins devront aussi mettre la main à la pâte. Ces derniers, déjà submergés par leur travail, vont-ils accorder du temps à cette nouveauté ? Pour garantir un minimum de données, l’assurance maladie s’est engagée à alimenter les DMP. L’historique des deux dernières années, en fonction des critères de remboursement, sera utilisé pour fournir automatiquement ces dossiers.

La sécurité des données : source de toutes les réticences

La question du partage de données fait débat même si les professionnels de santé seront les seuls à avoir accès aux informations. Où s’arrête la notion de secret médical ? Il est possible, par exemple, qu’une patiente ne souhaite pas que son pneumologue accède à son suivi gynécologique. Sur ce carnet dématérialisé, le patient a accès à toutes les informations le concernant. Par ailleurs, il peut masquer certains documents, sauf à son médecin traitant qui peut consulter l’ensemble du DMP.
La sécurité des données inquiète. Cette crainte explique sûrement le temps qu’a mis à émerger ce projet. Ainsi, le ministère a choisi de stocker ces données chez un hébergeur agréé. « Il faudra que l’hébergeur porte une attention particulière à la sécurité parce que c’est une cible convoitée. Les données de santé coûtent cinq à trente fois plus que des données bancaires ».

À ce jour, il est encore difficile de connaître l’avenir du DMP. L’assurance maladie espère que 2,3 millions de dossiers seront créés d’ici la fin de l’année. L’adhésion des patients est nécessaire à la réussite de ce projet. L’expérimentation dans neuf territoires pilotes a déjà permis l’ouverture de 500 000 carnets numériques en un an.

 

Crédit photo : https://www.mon-dmp.fr/fr/identifier-authentifier

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