Don d’organes : une chute de 5 % des greffes en 2018

Don d’organes : une chute de 5 % des greffes en 2018

1125 1024 Alice Renucci

7 800, c’est le nombre de greffes d’organes que la France souhaite atteindre d’ici 2021, dont 1 000 à partir d’un donneur vivant. Toutefois, nous en sommes encore loin. L’Agence de biomédecine a annoncé en novembre une baisse importante du nombre de dons. Des chiffres préliminaires ont été annoncés ce vendredi. En effet, on constate une chute, la première depuis huit ans.

Une déception en demi-teinte

En 2018, la France a effectué 5 781 greffes contre 6 105 en 2017. On note ainsi une baisse de 5 %. Toutefois, l’Agence de biomédecine relativise. On estimait au début de l’année 2018 une chute de 10 % mais une reprise en novembre et décembre a permis de restreindre celle-ci de moitié. « Ce qui veut dire que grâce à l’implication des équipes médicales, on peut repartir vers une hausse du nombre de transplantations », explique Yves Pérel, directeur général adjoint de l’Agence. Il relève notamment l’exemple des Dom-Tom. Une grande mobilisation a opéré dans ces régions. Le nombre de greffes est passé de 25 en moyenne à 73 en 2018.

Comment peut-on expliquer cette chute ? 

Il y a différentes manières d’éclaircir cette chute. Tout d’abord, une explication porterait sur la légère baisse du nombre de donneurs en état de mort encéphalique, soit de 3 % en un an. « Cinquante donneurs en moins, c’est jusqu’à 300 greffons en moins car une personne décédée peut donner plusieurs organes », éclaire Olivier Bastien, directeur du prélèvement à l’Agence de biomédecine. Toutefois, la plupart des greffes émane de donneurs en état de mort cérébrale. « Les campagnes sur les AVC et les progrès de la médecine ont permis de faire baisser les morts par pathologie du système nerveux, un succès heureux mais qui s’accompagne d’une baisse de disponibilité de greffons », constate Yves Pérel. Selon lui, ces décès ont baissé de 15 % en six mois, en 2018.

Le déclin des transplantations à partir de donneurs vivants serait également à l’origine de la chute de greffes. En effet, on note un recul de 12 % en un an. Ainsi, il devient urgent de sensibiliser le grand public par le biais des médias et de campagnes nationales. Il est possible de donner son foie ou son rein à un proche mais ce geste généreux reste encore trop méconnu. C’est pourquoi « il nous faut rester dans un message positif, car on peut constater une tendance au repli sur soi, mais nous sommes tous des donneurs potentiels mais aussi des bénéficiaires potentiels », rappelle Yves Pérel. Il souhaite également améliorer l’accompagnement médical et psychologique des familles concernées. « Les infirmières en pratique avancée pourrait aider car ces patients greffés nécessitent un suivi sur le long terme ».

Le don d’organes, un sujet de moins en moins tabou 

dons d'organesPar ailleurs, les dons de type « Maastricht III », c’est à dire qu’ils proviennent des personnes décédées des suites d’un arrêt cardiaque après limitation ou un arrêt thérapeutique, ont augmenté de 20 %. Toutefois, ce type de dons, autorisé récemment, ne peut pas être effectué dans l’ensemble des établissements de santé. « La moitié des CHU n’ont pas de protocole pour les dons de ce type », précise Olivier Bastien, directeur du prélèvement à l’Agence.

Il peut sembler paradoxal que le nombre de dons d’organes soit en baisse alors qu’une loi instaurée en 2017 l’encourage et facilite le don post mortem. En effet, dorénavant, les citoyens sont tous considérés comme des donneurs potentiels. S’ils ne souhaitent pas avoir ce statut, ils peuvent s’y opposer en s’enregistrant ou en l’affirmant par écrit à leurs proches. La loi a subi certaines modifications depuis. Le refus ne peut que concerner que certains organes ou tissus. Ainsi, on peut refuser de donner sa cornée mais pas son coeur.
Grâce à ces démarches, « on est passé de 33 % en 2016 de la population française qui refuse de donner ses organes à 30 % en 2018 », se réjouir Olivier Bastien.

Crédits photos : Le Chat / Agence de biomédecine 

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