Désengorger les urgences : les hôpitaux indemnisés

Désengorger les urgences : les hôpitaux indemnisés

1020 573 Alice Renucci

Olivier Véran, député (LRM) de l’Isère et rapporteur général de la commission des affaires sociales, a proposé ce mardi un amendement au projet de loi de financement de la sécurité sociale. Il souhaite inciter les urgences hospitalières à réorienter les patients présentant les pathologies les moins graves vers la médecine de ville, et pour cela indemniser le service. La fréquentation des urgences augmente de 2 à 3 % chaque année depuis quinze ans. On répertorie aujourd’hui 23 millions de passages annuels. Ce chiffre s’explique notamment par la mauvaise orientation des patients ou la difficulté à joindre leur médecin traitant. Parmi eux, 28 % ne nécessitent pas, lors de leurs visites, de soins immédiats ou d’examens complémentaires.

« Un forfait de réorientation » pour rediriger les patients vers les médecins de ville

Chaque visite aux urgences est une source de revenu pour les établissements, soit environ 161,50 euros par passage. Olivier Véran invite les hôpitaux à renoncer à cette somme. Il propose de créer un « forfait de réorientation » allant de 20 à 60 euros. L’hôpital organisera un rendez-vous au patient non pris en charge directement. Un médecin de ville, un service médical de garde ou une consultation hospitalière spécialisée recevra le patient dans un délai de 24 heures. Ainsi, six millions de malades pourraient être réorientés chaque année. Toutefois, chacun restera libre de refuser ce mode de prise en charge.

Des avis favorables pour ce dispositif

Agnès Buzyn soutient cette proposition : « C’est une bonne idée. Aujourd’hui, l’hôpital n’a aucun intérêt à réorienter les patients. Nous souhaitons recentrer les urgences vers les urgences vitales. Un grand nombre de patients viennent aux urgences car ils ne trouvent pas de médecins ».

Les professionnels de santé s’interrogent sur les modalités de cette mesure. François Braun, président de SAMU-Urgences de France, se demande « Qui va orienter les patients ? Si c’est le médecin, cela n’a aucun intérêt. Il faut que ce soit l’infirmière d’accueil et d’orientation, à qui il faudra des règles très précises, car elle aura une responsabilité non négligeable ». Toutefois, M. Braun estime qu’il s’agit d’une « bonne idée » pour « lutter contre la tendance à vouloir faire du chiffre ».

Un projet « irréaliste » pour d’autres

A contrario, Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), juge ce projet « irréaliste » et le considère comme un « coup médiatique ». Selon lui, « la médecine de ville est sinistrée. Les médecins généralistes ne peuvent pas faire plus que ce qu’ils font aujourd’hui. C’est illusoire d’imaginer qu’on va soulager les venues aux urgences avec des mesures de ce type ».

Une situation délicate pour les médecins de ville

Les syndicats de médecins libéraux, eux, restent interloqués. Ils ne bénéficieraient pas d’aide financière pour traiter les consultations non programmées. « Donner 60 euros à l’hôpital pour qu’il envoie un patient voir un médecin de ville à 25 euros la consultation, vous trouvez ça logique ? », interroge Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français. Il milite pour l’instauration d’un forfait pour les patients pris en urgence par les médecins de ville.
En effet, les médecins de garde touchent 60 euros pour les consultations effectuées entre 20h et minuit, 65 pour celles réalisées entre minuit et 6 heures du matin et 44,06 euros le dimanche. En revanche, la consultation d’un médecin de ville s’élève à 25 euros. Celle-ci n’est pas majorée si elle est prise en urgence.

Des alternatives  déjà lancées pour désengorger les urgences

La mesure n’a pas été votée mais des essais aux objectifs similaires ont été lancés. A Annemasse (Haute-Savoie), un médecin libéral s’associe à l’infirmière d’accueil des urgences. Chaque soir, entre 18h et 22h, il propose aux patients sans urgence vitale d’accéder à un rendez-vous dans un délai de trente à quarante minutes chez un médecin libéral de garde se trouvant dans un périmètre de maximum 20 kilomètres. Un petit trajet qui permet aux patients d’éviter de nombreuses heures d’attente aux urgences.

En conclusion, on constate une « sous-utilisation de la médecine générale » explique David Macheda, médecin généraliste et trésorier de l’Union régionale des professionnels de santé. « Il y a entre dix et vingt consultations par heure qui pourraient être évitées aux urgences pendant ce créneau horaire ».
Ainsi, l’objectif de cette mesure serait de « redistribuer dix consultations par soirée », et que le dispositif s’étende à la journée à partir de l’été 2019.

Crédit photo : https://www.lanouvellerepublique.fr/indre-et-loire/urgences-sous-tension-du-jamais-vu

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