L’histoire des ambulanciers bénévoles de Brooklyn

L’histoire des ambulanciers bénévoles de Brooklyn

612 408 Alice Renucci

John Shalov a 25 ans et est ambulancier volontaire. Dans les rues de Brooklyn, il se « passe toujours quelque chose », selon ses dires. Il fait nuit, le jeune homme arpente les rues de Bedstuy, un district à mauvaise réputation. Dans ce quartier propice à la criminalité, la devise des habitants est « marche ou crève ».

La BSVAC, le service ambulancier créé par un pompier

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Linda Reyes, 23 ans, et John Shalov, 25 ans, prennent en charge un patient. © David Breger

John Shalov fait parti de la BSVAC (Bedford Stuyvestant Volunteer Ambulance Corps), le premier service d’ambulances volontaires de Bedstuy. L’organisme a vu le jour il y a plus de trente ans.

Des volontaires au secours des habitants du quartier

En 1988, James Robinson, alias Rocky, est capitaine du FDNY (les pompiers de New York). Le quartier est ravagé par le crack. « La drogue et la violence étaient partout : tout le monde se tirait dessus pour rien. Les ambulances ne voulaient pas venir et les gens attendaient près d’une heure à saigner à mort. Les politiques s’en foutaient : laissons les s’entretuer, disaient-ils », rappelle le capitaine, gagné par les années.

C’est ainsi que Rocky a entrepris de fonder son propre service d’urgences dédié au quartier. « Je me suis dit : si je ne fais partie de la solution, je fais partie du problème. Personne ne m’a pris au sérieux. Les premiers volontaires étaient d’anciens drogués ou des prostituées, des gens que j’ai sorti de la rue et qui avaient besoin d’une deuxième chance », explique le pompier. A bord d’une vieille Ford et équipé du matériel de premier secours, Rocky et son équipe arpentent les rues sur leur temps libre. « On ressemblait aux ghostbusters avec des bonbonnes d’oxygène dans le dos et de trousses de soin à la main et on courrait en baskets vers les blessés mais  nous arrivions toujours avec les pompiers. Tout le monde se moquait… tous sauf ceux qu’on soignait », plaisante-t-il.

Un temps d’attente dix fois inférieur à ceux des autres services

L’arrivée du service inquiète les caïds du quartier. Rocky se fait menacer de mort. Il finit néanmoins par récupérer un squat où il établit son siège. Grâce à quelques donations et ses propres fonds, le dispositif prend de l’ampleur et gagne en efficacité. « Je suis très fier de ce que nous avons fait. Le temps de réponse moyen était de trente minutes à Bedstuy et nous arrivions en trois ou quatre minutes », livre Rocky.

Un lieu de formation ambulancière aux tarifs préférentiels

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Le commandant Rocky Robinson réunit les volontaires. © David Breger

Aujourd’hui, le BSVAC est une institution locale. Chaque année elle forme des centaines de volontaires, comme John Shalov. En 30 ans, plusieurs milliers de personnes sont venues y apprendre les premiers secours et la réanimation cardiaque. Ils préparent ensuite le diplôme d’ambulancier, soit 190 heures de formation qui permettront de présenter l’examen d’État.

La formation coûte environ 500 $, un tarif beaucoup plus bas que ceux des établissements similaires. Le prix préférentiel est souvent doublé par des facilités de paiement pour les plus nécessiteux. Le dispositif forme les participants à la prise en charge du patient physique et administrative ainsi qu’à l’administration des premiers soins et au transport. John Shalov est diplômé depuis cinq mois mais renforce son expérience grâce au bénévolat qu’il pratique à Bedstuy. « Si je n’étais pas dans ce quartier, je ne saurais pas quoi faire dans les situations sérieuses », explique-t-il.

Une seconde chance pour les jeunes du quartier

Au-delà de son travail de secouriste, Rocky accorde, par le biais du BSVAC, une seconde chance aux jeunes du quartier. Dans cette zone accablée par la violence et le chômage, il est difficile d’évoluer professionnellement.

Isha Middleton, aujourd’hui proche de la quarantaine, a grandi à Bedstuy. « Je ne dirais pas que c’était un quartier dur car c’est tout ce qu’on connaissait. La drogue et le crime, c’était juste normal pour nous. J’ai traîné avec les mauvaises personnes et j’ai fait de la prison pour vol », confie-t-il. Il perd son poste d’aide soignant et se retrouve sans emploi. Rocky lui donne sa chance et lui permet d’intégrer le service des pompiers new-yorkais en tant qu’ambulancier. « Avec mon dossier et mon casier judiciaire, j’aurais dû être rejeté mais, quand l’examinateur a vu que je venais de Bedstuy, les portes se sont ouvertes. C’était incroyable. », reconnaît-il. Aujourd’hui, le travail de Rocky et de ses volontaires est reconnu localement et nationalement.

 

Crédit photo : GettyImages

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