Freud, « Du regard à l’écoute » : une brillante exposition organisée par le mahJ

Freud, « Du regard à l’écoute » : une brillante exposition organisée par le mahJ

841 566 Alice Renucci

Pour ses vingt ans, le mahJ (musée d’art et d’histoire du judaïsme) retrace la vie de Sigmund Freud, grande première en France. Du regard à l’écoute regroupe 200 pièces (peintures, dessins, gravures, ouvrages et instruments scientifiques). Elle aborde différentes thématiques autour des recherches intellectuelles et scientifiques du psychanalyste. L’exposition a débuté le 10 octobre et se terminera le 10 février.
Je m’y suis rendue et ai trouvé l’exposition intelligemment organisée. Elle présente l’ensemble des grandes problématiques abordée par le psychanalyste au cours de sa vie.   L’architecture du musée, composée de nombreuses pièces réparties sur plusieurs étages, concorde à la dimension épisodique de la rétrospective.

En quelques mots…

Max Halberstadt (1882-1940) Portrait de Sigmund Freud 12 février 1932
Photographie
Londres, Freud Museum

Sigmund Freud se présente comme une figure scientifique emblématique de la fin de XIXème et du début du XXème siècle (1856-1939). Issu d’une famille juive, il n’embrasse pas pour autant la voie de la religion. Freud entreprend des études de médecine à Vienne. Son premier article, écrit en 1877, découle sur un nombre considérable de publications.
En 1885, il s’inscrit aux cours de Jean-Martin Charcot où il développe un intérêt pour l’hypnose. Cette rencontre marque un tournant dans sa vie. Il manifeste son engagement pour la psychanalyse et publie L’Interprétation des rêves, ouvrage majeur de son oeuvre. Il crée en 1902, la Société psychologique du mercredi, qui deviendra la Société psychanalytique de Vienne quelques années plus tard. Freud répand sa profession à travers le monde. Il voyage aux Etats-Unis en 1909 et fonde l’Association psychanalytique l’année suivante. Il tombe malade en 1923 et doit se retirer des devants de la scène. En 1938, il est exilé à Londres, où il mourra l’année suivante.

L’exposition se déroule en neuf étapes, chacune coïncide à une exploration intellectuelle et scientifique de Freud. Elle aborde la neurologie, ses études à La Salpêtrière, la théorie de l’évolution, son intérêt pour l’archéologie et les mythes, la naissance de la psychanalyse, la sexualité, l’interprétation des rêves, le mouvement surréaliste et sa relation avec le judaïsme.

« Freud neurobiologiste »

Freud

Sigmund Freud
« Représentation schématique du refoulement » in Aus den Anfängen der Psychoanalyse (Londres, 1950)
© Marsh Agency

Freud débute sa carrière en tant que neuroanatomiste, suite à son intérêt pour les sciences naturelles. En 1876, il intègre l’équipe d’Ernst Wilhem von Brücke, pionnier de l’anatomie microscopique. Sigmund Freud étudie également les propriétés pharmacologiques de la cocaïne et décèle sa capacité anesthésique locale. Suite à ces recherches, il se tourne vers la neurologie clinique et Theodor Meynert, père des localisations cérébrales, puis vers Jean-Martin Charcot. Il retourne à Vienne en 1886, où il exerce dix ans au service de neurologie de l’Institut pédiatrique de Max Kassowitz. Ces études au sein de l’institution découlent sur un ouvrage sur les paralysies infantiles. Freud lie psychologie et neurologie, et développe cette idée dans Esquisse d’une psychologie pour neurologues, rédigée en 1895.
Freud est le premier à utiliser le terme de « psychanalyse », en 1896, après une vingtaine d’années d’exercices.

« Magnétisme, hystérie et hypnose : la Salpêtrière (1885-1886) »

freud

Albert Londe (attr.)
Jean-Martin Charcot en train d’examiner une patiente ataxique, vers 1875
Photographie stéréoscopique sur papier albuminé collé sur carton, 17,4 x 8,6 [2 fenêtres de 6,6 x 6,6 cm]
© photo O. W.

En 1885, Sigmund Freud, obtient une bourse d’études et rejoint les cours de Jean-Martin Charcot, à Paris. Ce dernier préside la clinique des maladies du système nerveux à l’hôpital de la Salpêtrière et organise des leçons publiques. Il pratique notamment l’hypnose sur des patientes hystériques. Ces cours sont des lieux de rencontres pour les scientifiques, écrivains et artistes. Freud, intrigué par cette maladie « qui semble ignorer l’anatomie », propose à Charcot de traduire ses Leçons en allemand.

freud

Nicolas Copernic, d’après (1473-1543) Planétaire, 1773
Atelier Fortin (fab.)
Bois, carton, alliage ferreux, papier, laiton, 43 x 53 cm
© Paris, Musée des arts et métiers

« Freud évolutionniste : l’ère de la généalogie »

Darwin a incontestablement influencé Freud dans ses démarches. En effet, Charles Darwin (1809-1882) a développé la théorie de l’évolution des espèces trouvant source dans la sélection naturelle. Ernst Haeckel (1834-1919) a ensuite posé le principe de généalogie. Haeckel considère Darwin comme son maître d’esprit. Il le devancera en revendiquant l’existence d’un ancêtre simiesque de l’homme, qu’il qualifie de Pithecanthropus alalus, l’homme-singe dépourvu de langage. Freud soutiendra ces idées.

« Le cabinet des antiques »

freud

Masque peint d’une momie
Egypte, période romaine (Ier siècle–début du IIe siècle) Plâtre, 19 x 15 x 10 cm
© Londres, Freud Museum

Jean-Martin Charcot, passionné d’antiques, a inspiré Freud qui débute sa propre collection en 1880. En 1886, le jeune Freud confiait à sa future épouse, Martha, l’immense admiration qu’il avait pour son maître qui « vit dans un musée ». Toutefois, ce n’est que dix ans après qu’il commence sa véritable collection. Il acquiert des pièces chez des antiquaires viennois ou lors de ses voyages. Cette période coïncide avec la grande époque des fouilles archéologiques. Les objets circulent alors librement en Europe, il est donc facile de s’en procurer.
En 1938, Marie Bonaparte sauve la collection et verse une rançon aux nazis pour assurer son exfiltration à Londres Avec Martha et Sigmund. Ils s’installèrent dans une maison qui est aujourd’hui le Freud Museum.
Selon Freud, « l’interprétation des rêves est tout à fait analogue au déchiffrement d’une écriture pictographique ancienne telle que les hiéroglyphes d’Égypte ». A la fin de sa vie, Freud disposait de plus de trois mille antiques.

freud

Hans Hollein
Divan et fauteuil de Freud 1984-1985
Matériau synthétique doré 7,5 x 8 x 7 cm (fauteuil)
8,8 x 18,5 x 9,5 cm (divan) © Archives privées Hollein

« Le divan et la naissance de la psychanalyse »

Freud découvre l’hypnose auprès de Jean-Martin Charcot mais abandonne rapidement cette pratique. Celle-ci lui aura toutefois fait découvrir le pouvoir de suggestion du médecin sur son patient. Le psychanalyste étudiera alors l’influence du lien thérapeutique, qu’il appelle « transfert » et qu’il pousse à des fins cliniques. Le patient aime ou déteste son thérapeute car il associe cette relation à celle qu’il avait avec son père ou sa mère. Il transfère ses sentiments ce qui lui permet de revivre des moments de son enfance et de faire émerger des souvenirs enfouis.
Peu après la mort de son père en 1897, Freud débute une auto-analyse à travers l’examen de ses rêves. Il découvre que l’inconscient est envahi de fantasmes de l’enfance. Il révèle également que les songes et les symptômes psychiques fonctionnent identiquement : ils camouflent les désirs que nous préférons omettre.
Le patient doit comprendre l’origine de sa souffrance. Ainsi, durant une séance d’analyse, la parole lui appartient. Il dit ce qui lui traverse l’esprit, même si cela est incongru. Freud développe le principe de « l’association libre », qui est aujourd’hui une base fondamentale de la psychanalyse. Pour être à l’aise, le patient s’installe sur un divan. La posture de repos favorise l’émergence des songes et la rupture de contact visuel entre analysant et analysé assure aucune entrave au principe d’association libre du discours.

Carlos Schwabe
Etude pour La Vague, 1907
Pastel et craie sur papier, 65 x 34 cm © Collection Lucile Audouy / Thomas Hennocque

« La science des rêves (1900) »

Freud est le premier à déterminer une logique des rêves. En 1900, il publie L’Interprétation des rêves, qui passe plutôt inaperçu. Aujourd’hui, l’ouvrage est considéré comme un texte fondateur de la psychanalyse. Freud explique que le rêve est une création psychique dotée de sens. Cependant, elle reste difficile à décrypter car l’activité onirique y insère des désirs refoulés eux même déguisés. Cette méthode devient centrale dans l’étude des névroses et des processus psychiques. Pour Freud, « l’interprétation du rêve est la via regia (voie royale) qui mène à la connaissance de l’inconscient dans la vie de l’âme ».

« La vie sexuelle »

gon Schiele
Jeune fille brune à la jupe relevée, 1911 Crayon et gouache sur papier Fac-similé
© Vienne, Leopold Museum

En 1905, Freud écrit Trois essais sur la théorie sexuelle et Contribution à la psychologie de la vie amoureuse. A cette période, la sexualité fait l’objet de nombreuses études scientifiques et préoccupe également les artistes, tels que Gustav Klimt par exemple.
Freud parle de la « libido » comme une énergie vitale intrinsèque à la sexualité. Pour lui, cette pulsion sexuelle découle sur une recherche égoïste du plaisir. De ce fait, il est impossible qu’elle s’accorde aux attentes de la civilisation qui sous-tendent entente et cohésion sociale. Le refoulement de la libido engendre des troubles psychiques et des névroses. Ainsi, elle n’aurait d’autres moyens de se satisfaire que de se soustraire des moeurs de la société.
Cette énergie s’applique également à des buts non sexuels. Elle serait à l’origine des productions culturelles talentueuses, reconnues et admirées. Sa capacité de transformation lui permet de s’appliquer à la plupart des activités et comportements humains.

Marcel Duchamp
Fontaine, 1917
Ready-made : urinoir, faïence blanche recouverte de glaçure céramique et de peinture
63 x 48 x 35 cm
© Association Marcel Duchamp / ADAGP, Paris, 2018 © Centre Pompidou, MNAM-CCI, dist. RMN-Grand Palais / Christian Bahier / Philippe Migeat

« Le mouvement surréaliste et ses influences dans les années 1920 »

André Breton est considéré comme le chef de rang du mouvement surréaliste et entretient des rapports avec Sigmund Freud entre 1920 et 1930. Pendant la Première Guerre mondiale, il étudie la médecine et intègre le service de psychiatrie du Centre neuropsychiatrique militaire de Saint-Dizier. Il s’intéresse au parcours de Freud et notamment à son « association libre » qu’il souhaiterait appliquer au discours surréaliste.
En 1921, Breton s’en va à Vienne dans l’espoir d’interviewer Freud mais ne parvient pas à obtenir ce qu’il souhaite. Dès 1924, les deux hommes correspondent. Breton se hâte de faire parvenir au « Professeur Freud » son Manifeste du surréalisme.
Toutefois, Freud reste sur ses gardes. Il ne se rend pas compte de ce « qu’est et ce que veut le surréalisme ». Sa rencontre avec Dali en 1938 le pousse dans ses retranchements. Il adhère au mouvement.

« Moïse et le judaïsme »

Lampe de Hanoukkah ayant appartenu à Freud
XIIIe siècle
Alliage de cuivre, 12,7 x 17 x 5 cm © Londres, Freud Museum

Sigmund Freud est issu d’une famille juive portée par les idées de la Haskalah, le mouvement juif des Lumières. « Le fait de me plonger précocement dans l’histoire biblique, à peine avais-je appris l’art de lire, a déterminé de façon persistante l’orientation de mon intérêt », affirme-t-il. Toutefois, il se disait « incroyant ». Il a longtemps dissocié sa vie professionnelle de ses origines. Il voulait faire de la psychanalyse une science universelle désintéressée de toutes identités religieuses ou culturelles.
L’année de sa mort, il publie Moise et monothéisme. Freud fait un retour sur ses origines et s’interroge sur les fondements de la religion juive.

 

 

Crédits photos :https://www.mahj.org/sites/mahj.org/files/dossier-de-presse-exposition-sigmund-freud-2.pdf
https://www.sante-hypnose.com/fr/article-hypnose/coaching-hypnose-preparation-mentale/charcot-ecole-salpetriere.html

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