Transports sanitaires : « visée thérapeutique » ou « exigences particulières » ?

Transports sanitaires : « visée thérapeutique » ou « exigences particulières » ?

1620 1080 Alice Renucci


Moins d’un mois après la mise en place de la réforme du financement des transports sanitaires, les critiques se font entendre. En effet, depuis le 1er octobre, les dépenses allouées aux transports des patients reviennent aux établissements de santé. Ainsi, plusieurs personnes en situation de handicap hospitalisées ont dû s’acquitter elles-même de leur transport sanitaire. Leurs sorties n’entrent plus dans le champ des « visées thérapeutiques » mais  des convenances personnelles.

Sortie à « visée thérapeutique » ou « exigences particulières » ?

Le ministère de la Santé avait rappelé en mars la différence entre permission « à but thérapeutique » et « exigences particulières ». Dans le second cas, « c’est [effectivement] au patient de payer cette dépense », informait-il. Cette nuance existait déjà mais cette démarche a pour objectif de responsabiliser les hôpitaux et cliniques. Ainsi, le gouvernement espère faire des économies.

Des enfants n’ont pas pu rentrer voir leur famille

Dans plusieurs régions, des établissements de convalescence ou de rééducation ont considéré que des retours à domicile le week-end d’enfants hospitalisés ne relevaient pas de « motifs thérapeutiques » mais d’exigences particulières. Ils ont donc refusé de prendre en charge financièrement les transports, invitant les famille à le faire elles-mêmes.

Les associations se mobilisent pour les personnes en situation de handicap

Suite à ces refus, trois associations, AFM Téléthon, APF France Handicap et France Assos Santé, ont dénoncé les conséquences de cette réforme sur les personnes en situation de handicap hospitalisées en soins de suite et de réadaptation (SSR).

Des revendications adressées au ministère des Solidarités et de la Santé

Une lettre a été adressée conjointement à la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, à la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, Sophie Cluzel. Les organismes craignent que cette nouvelle mesure accentue les inégalités sociales et territoriales. Effectivement, seules les personnes disposant d’un budget conséquent pourront payer les transports de manière régulière.

Betty Gruet est la maman de Florian, 17 ans, infirme moteur cérébral. Mme. Gruet « est exténuée, mais continuera de se battre pour que son fils puisse rentrer toutes les semaines », selon BFM. Elle ne comprend pas « pourquoi c’est encore aux malades et aux handicapés de payer alors qu’il y a plein d’autres endroits où on peut faire des économies ». La maman se retrouve plongée dans « une lutte quotidienne ». Elle doit « s’adapter encore une fois, il faut s’adapter toujours et encore ».

De l’ordre économique au fondement médical

Se lie à ces problèmes financiers des questions d’ordre médical. « On a l’impression que rentrer en famille ne leur fait pas de bien alors que c’est tout le contraire. Psychologiquement pour nos enfants c’est seulement la grande bouffée d’air de la semaine de rentrer dans sa famille », affirme Betty Gruet. Aude Bourden, conseillère Santé de l’association APF France Handicap, soutient ces propos. Elle estime que les retours à domicile font partie du parcours de soin. De ce fait, ils devraient être pris en charge par les établissements de santé. « Il faut vraiment que les personnes puissent rentrer chez elles pour pouvoir s’adapter à leurs nouveaux modes de vie et à leurs nouvelles problématiques de santé. C’est la mission première de ces établissements que de prévoir le retour à domicile suite à un épisode plus aigu de santé ».

Ainsi, les associations réclament au ministère de la Santé « qu”il y ait une application correcte des textes puisque ce n’est pas tout à fait le cas ». S’ajoute à cela la problématique des établissements qui ferment le week-end. Ceux-ci sont censés prendre en charge les frais des transports. Toutefois, il y a eu des remontées comme quoi ça ne serait pas toujours le cas. Les associations abordent aussi la question du coût. L’Assurance Maladie va devoir payer des jours d’hospitalisation qu’elle ne payait pas jusque là.

 

Crédit photo : https://www.ambulancesbugada.com/transport-sanitaire.php

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