Médecins de ville et patients en situation précaire, les généralistes « en difficulté »

Médecins de ville et patients en situation précaire, les généralistes « en difficulté »

1260 712 Alice Renucci

La fréquentation des urgences augmente de 2 à 3 % par an, et ce depuis quinze ans. Le Ministère de la santé souhaite les désengorger en redirigeant les malades vers les médecins de ville. Toutefois, cette possibilité demeure inenvisageable pour les patients en situation précaire. Médecins du Monde dénonce cette mesure lors de la parution de son rapport annuel. « La médecine de ville est inacessible aux personnes sans couverture médicale et à celles qui n’ont que l’AME [aide médicale d’état], et si elles se tournent vers les circuits de droit commun, hôpital, urgences, ils sont saturés, surchargés et parfois dégradés », affirme le docteur Christian Bensimon, médecin généraliste bénévole.

Comment les médecins de ville perçoivent les publics vulnérables ?

Les généralistes libéraux « en difficulté » dans la prise en charge de cette patientèle

Lundi 22 octobre, la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des stastistiques (Drees) du ministère des solidarités a divulgué son rapport annuel. L’organisme a interrogé 1450 généralistes entre mars et mai 2017 quant à leur perception des publics vulnérables. Les médecins se sentent « en difficulté » dans la prise en charge des patients en « situation de vulnérabilité sociale ». Ces personnes cumulent les problèmes de santé (86%). Aussi, elles rencontrent des difficultés à suivre un traitement (84%). De plus, leur maladie se trouve souvent à un stade avancé en vue d’une prise en charge tardive (83%).

En effet, Médecins du Monde rejoint ce constat. « Quand on est à la rue ou en situation très précaire, la santé passe au second plan, confirme M. Bensimon. Parmi les 24 000 personnes accueillies dans les centres de Médecins du monde, une forte majorité, y compris des femmes enceintes, est en retard de soins, la moitié souffre de pathologies chroniques et 83 % nécessitent un suivi très difficile à réaliser dans leur environnement. Sur le plan buccal, ils souffrent d’en moyenne 4,4 dents cariées et 5,3 dents manquantes. »

Des raisons non-médicales qui précisent les réserves des médecins

Par ailleurs, la Drees constate de nombreuses raisons non-médicales expliquant les réticences des généralistes libéraux. Ces derniers revendiquent que ces consultations prennent plus de temps (82%). Aussi, ils déplorent le « manque de coordination entre secteur médical et social » (78%). Ils mentionnent également l’inefficacité de la prévention envers ce public (75%). Selon plus de 70% des médecins, cette patientèle suscite une surcharge de travail administratif ; et plus de 60% font état de rendez-vous non honorés.

Des solutions pour les patients en situation précaire

Les associations au secours des classes défavorisées

Les Petits frères des pauvres est une association française. Elle accompagne en priorité les personnes de plus de 50 ans, souffrant de solitude, de pauvreté et de maladies souvent liées à l’alcool et/ou aux psychoses. « C’est un public déprimé, qui a une image dévalorisée de lui-même et refuse de se soigner, constate Mustapha Djellouli, chef de service. Et en réponse, le système actuel de soins se montre parfois expéditif. Les médecins sont pressés, les hôpitaux ont consigne de garder les malades le moins longtemps possible. Alors pour être sûrs qu’ils sont bien traités, nous devons nous-mêmes prendre rendez-vous, les accompagner, assurer le suivi. ». La dépression empêche les individus de s’intéresser à leur suivi médical. Peu de médecins s’intéressent à cette « clientèle ». Ainsi, les associations ont construit leur propre réseau de médecins volontaires souhaitant aider les personnes dans le besoin.

Les médecins proposent de nouvelles mesures

Toutefois, les médecins souhaitent trouver des solutions pour aider les plus démunis. En effet, huit médecins sur dix disent vouloir accorder des facilités de paiement à ces patients. Aussi, plus de la moitié désirent être mieux formés à la prise en charge de cette classe sociale. La Ministre de la santé Agnès Buzyn accueillera probablement ces idées avant novembre, lors du premier rapport de la Commission nationale d’évaluation des pratiques de refus de soin.

Crédit photo : https://www.ouest-france.fr/bretagne/hennebont-56700/il-faut-exercer-la-medecine-de-ville-autrement-5996550

 

Laisser une réponse

error: Oups !