IA et système de santé : à quoi faut-il s’attendre ?

IA et système de santé : à quoi faut-il s’attendre ?

1000 625 Alice Renucci

Dans le cadre du SAS Forum 2018, une table ronde a été organisée par Pierre-Marie Vidal, Directeur d’Acteurs Publics. Il a réuni le Dr. Gilles Bontemps, Directeur de mission Gestion et Organisation des soins de la CNAM ; Caroline Dunoyer, Responsable de l’Unité de Traitement d’Information Médicale au CHU de Montpellier ; et Antoine Evennou, Chargé de Mission Innovation et Perspectives en Santé à la MGEN (Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale) et co-auteur de « La Santé à l’heure de l’intelligence artificielle » pour le think Tank Terra Nova.
Les spécialistes ont particulièrement discutés de l’exploitation et du partage de données des patients. Ces conversations s’insèrent dans le cadre d’une démocratisation des technologies liées à l’intelligence artificielle mais aussi sur le mode de fonctionnement européen vis-à-vis de la protection des données personnelles.

Faut-il partager les données entre professionnels ?

Pierre-Marie Vidal aborde rapidement la question de l’ouverture et du partage de données entre professionnels. Le Dr. Gilles Bontemps estime que pour mener à bien la révolution qui règne au sein de l’utilisation des données dans le système santé, il faut accompagner les différents acteurs et leur fournir les bons outils.
Les professionnels de santé engendrent une multitudes de données. Toutefois, les possibilités pour les exploiter restent minimes. Ainsi, la CNAM a développé une solution de data visualisation qui analyse, structure et hiérarchise l’information pour lui donner sens.

À quelles fins seront-elles utilisées ?

Posséder et comprendre ces données permet de tirer des conclusions quant aux bonnes et mauvaises pratiques au sein du système de santé. De ce fait, les échanges entre collègues se multiplient. Avoir de telles connaissances permet d’améliorer les actes professionnels et organisationnels au sein des établissements de santé dans la prise en charge chirurgicale.

La CNAM lance un outil de data visualisation ouvert à tous

Les questions que suscitent le virage ambulatoire par exemple, c’est à dire une opération chirurgicale sans nuit à l’hôpital, peuvent être éclairées par l’intelligence artificielle. L’outil de data visualisation de CNAM traite les données et compare la totalité des établissements chirurgicaux français, que l’on décompte à plus de 1 000 avec 6 millions de passages et 8 millions d’actes chirurgicaux par an.
Ainsi, l’analytique permet de comparer les statistiques de différents centres et les aide à se perfectionner. Dès septembre 2018, l’outil de la CNAM sera disponible pour tous les professionnels de santé.

L’intelligence artificielle : surveillance ou avancée médicale ?

L’IA suscite de nombreuses interrogations quant au traitement de la donnée en milieu hospitalier. Pierre-Marie Vidal se demande si elle est perçue comme un contrôle supplémentaire ou comme un nouvel outil de stratégie médicale.

Un esprit de solidarité au sein des professionnels

Caroline Dunoyer, responsable de l’Unité de Traitement d’Information Médicale au CHU de Montpellier, note de nombreux changements au cours des dernières années. Il y a environ dix ans, elle relevait une discordance entre ceux  qui élaboraient les données, inconscients des utilisations qui allaient en suivre, et ceux qui les traitaient. Aujourd’hui, des réformes ont poussé les professionnels à partager avec leurs pairs. Ils peuvent ainsi comparer leurs établissements et percevoir l’offre de santé de manière globale.

De nouveaux outils pour traiter les données non-structurées

Le CHU de Montpellier se sert de data visualisation SAS depuis un certain temps. Dès septembre 2018, il se penchera sur des solutions de machine learning et de deep learning afin de tirer profit des données non-structurées (courriers, comptes rendus, etc.). L’objectif reste identique : améliorer la prise en charge des patients. L’ensemble de ces outils participent à la modernisation de l’établissement, développent le secteur de recherche, améliorent les prises en charge et soutiennent les professionnels dans leur quotidien.

L’IA : son usage est-il un passage obligatoire et souhaitable ?

Antoine Evennou, chargé de mission Innovation et Perspectives en santé à la MGEN et co-auteur du rapport « La Santé à l’heure de l’intelligence artificielle », précise que l’IA est déjà très prisée dans de nombreux pays, notamment aux Etats-Unis. Actuellement, en France, les barrières entre public et privé tombent peu à peu. Ce décloisonnement  laisse une place à l’intelligence artificielle pour se développer.

Le privé acceptera-t-il de s’ouvrir à la CNAM ?

L’intervenant salue les démarches de la CNAM quant à  son outil de data visualisation mais s’interroge sur l’ouverture du secteur privé vers la CNAM. Les données qu’il fournirait serait un apport incontestable pour les analyses épidémiologiques, la recherche biopharmaceutique et l’émergence de nouvelles entreprises.

« Au nom de l’éthique »

Actuellement, des barrières se dressent face au développement de l’IA, certains acteurs parlent au nom de l’éthique. Toutefois, Antoine Evennou considère que si l’intelligence artificielle parvient à réduire les coûts de l’assurance maladie et/ou sauver des vies, plus personne ne pourra s’y opposer.

La mutualisation des données : un passage inévitable pour l’intelligence artificielle

Caroline Dunoyer précise que la mutualisation des données est indispensable, rien ne sera possible sans. S’ils ne parviennent pas à mutualiser les données, si aucun acteur apparaît pour bâtir et organiser cette mutualisation, les systèmes intelligents seront restreints car déconnectés les uns des autres. Antoine Evennou confirme cette théorie. Il prend l’exemple des risques engendrés par des interactions médicamenteuses chez les personnes âgées. Analyser l’ensemble des consommations et les croiser avec les données disponibles permettrait de diminuer considérablement les risques et de sauver des vies.

Quel rôle doit prendre la CNAM ?

Gilles Bontemps considère que la CNAM doit soutenir les acteurs pour une utilisation efficace et optimale des données disponibles. Ainsi, la caisse doit fournir un effort d’information et de formation. Sans cela, un rejet de la part des actants est prévisible. Les jeunes médecins, habitués aux technologiques, seront surement favorables tandis que les plus âgées resteront sur leurs gardes.

Aujourd’hui, peut-on considérer que l’IA est exploitée ?

Selon Antoin Evennou, l’intelligence artificielle évolue bien plus vite qu’il n’y paraît. Dans le domaine de la santé les frontières tombent et libèrent les systèmes intelligents. Il prend l’exemple de l’analyse génétique. En France, on l’autorise que dans un cadre médical étroit. Cependant, n’importe qui peut réclamer sur la toile l’analyse de son patrimoine génétique à une entreprise américaine. Les géants du web américains (les GAFA) et chinois (les BATX) captent actuellement des données sur la santé. Avec ces collectes, ils construisent des systèmes informatiques intelligents. Ces créations remettent en question le rôle et le fonctionnement du colloque singulier. Toutefois Antoine Evennou estime que ce saut culturel se fera une fois que le patient aura perçu les avantages, que le médecin le veuille ou non.

Intelligence artificielle et santé : les questions que tout le monde se pose

Dans le cadre de la rédaction du rapport « La Santé à l’heure de l’intelligence Artificielle » pour le think Tank Terra Nova, Antoine Evennou, Chargé de Mission Innovation et Perspectives en Santé à la MGEN, et Luc Pierron, Conseiller de Thierry Beaudet, président de la Mutualité Française, ont résumé les problématiques posées par l’essor de l’IA dans le milieu de la santé.
La donnée fait vivre l’intelligence artificielle. Dans le monde de la santé, la donnée est partout qu’il s’agisse d’une information hospitalière ou une data issue d’un objet connecté, comme le tensiomètre par exemple. De plus, l’IA pourrait accroître considérablement le PIB mondial, soit de 14 % d’ici 2030. Ainsi, 150 milliards d’euros pourraient être économisés dans le secteur de la santé. Toutefois, deux enjeux importants touchés par l’IA doivent être mentionnées : la responsabilité et les inégalités.

Qui est responsable ?

La question de la responsabilité est primordiale. Luc Pierron expose un cas de figure. Dans la mesure où un diagnostic est posé par une intelligence artificielle ou qu’un acte chirurgical est pratiqué par un robot, qui est le responsable ? La charge est-elle à l’entreprise qui a développé l’IA utilisée ou au médecin qui a donné le diagnostic ?

L’ensemble des individus auront-ils accès aux systèmes intelligents ?

Aussi, la question des inégalités rentre en jeu. Antoine Evennou considère deux niveaux. Tout d’abord, la question de l’accès aux soins se pose. Dans l’hypothèse où le monde de la santé serait géré par l’IA, tout le monde pourrait-il y accèder ? Il est possible qu’une barrière financière se dresse. Une autre interrogation subsiste : est-ce que tous les individus voudront utiliser l’IA ? Pourra-t-on choisir entre un système intelligent et une intervention humaine ? Il sera du devoir des pouvoirs publics de répondre à ces points.

Les technologies qui détectent les maladies

Par ailleurs, Luc Pierron souligne la grande avancée en radiologie où l’analytique dans l’imagerie a largement devancé les capacités humaines. Aussi, il note des éléments plus surprenants notamment dans le secteur des maladies mentales et neurodégénératives. Grâce aux réseaux sociaux, des systèmes intelligents parviennent à cibler des personnes dépressives à travers les photos qu’elles publient. De plus, il devient possible de repérer un risque d’Alzheimer à travers des échanges par messages.

De grandes économies pour le système santé

Avec l’avancée de l’IA, le secteur financier sera aussi impacté. Par exemple, le National Health Service au Royaume-Uni a créé un chatbot. Ce service permet au patient de cerner les soins dont il a besoin, en fonction de son problème médical. Le dispositif lui indique s’il doit contacter une infirmière, envisager une solution de télémédecine ou encore se rendre aux urgences. Ainsi, avec les systèmes intelligents, la gestion des flux pourraient engendrer des économies considérables.

En conclusion, ces quelques exemples illustrent les répercussions de l’IA dans le monde médical. Elle peut sauver des vies et modifier les relations entre les patients et les professionnels. En outre, l’intelligence artificielle a pour objectif de remettre le patient au coeur du système santé.

 

Crédit photo : http://www.leparisien.fr/sciences/intelligence-artificielle-et-sante-un-marche-en-plein-essor-21-06-2017-7073934.php

 

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